Politique
Quand le secteur privé menace la souveraineté de l’État

Dans un contexte déjà fragile, marqué par des crises économiques, sociales et institutionnelles, Haïti fait face à une menace insidieuse : la capture de l’État par certains acteurs privés, déterminés à imposer leurs intérêts particuliers au détriment du peuple et de la souveraineté nationale. Ces acteurs ont pour ambition de capter les institutions clés et les services stratégiques, tout en orientant les décisions publiques vers leurs profits, fragilisant les mécanismes de régulation et affaiblissant la capacité de l’État à protéger ses citoyens. Plusieurs observateurs et institutions internationales tirent la sonnette d’alarme, soulignant que cette dynamique pourrait transformer durablement le pays, accroître les inégalités, freiner le développement national et compromettre les structures essentielles à la stabilité politique et économique.
Au cœur de cette offensive, les services stratégiques comme l’OAVCT, l’OFATMA et l’ONA sont menacés de privatisation. L’OAVCT, qui assure la protection des usagers de la route et l’assurance obligatoire des véhicules, l’OFATMA, garante de la couverture sociale des travailleurs en cas d’accidents, de maladies ou de maternité, et l’ONA, qui offre une pension de vieillesse ou une indemnisation en cas d’incapacité, risquent de devenir des instruments au service d’un groupe du secteur privé. Privatiser ces institutions reviendrait à transformer des protections sociales vitales en simples machines lucratives, fermant l’accès à ceux qui en ont le plus besoin et fragilisant davantage les plus vulnérables.
Dans ce scénario, la privatisation par le secteur privé des directions et institutions stratégiques, telles que l’AAN, l’APN ou la Douane pourrait transformer Haïti en un État au service d’intérêts particuliers plutôt que du peuple. Les aéroports, les ports et le commerce extérieur, essentiels à la régulation et à la souveraineté nationale, seraient instrumentalisés, tandis que l’État lui-même risquerait de se réduire au service exclusif des élites, marginalisant la population et creusant les inégalités sociales.
La corruption et l’impunité deviendraient alors la norme, tandis que les projets nationaux seraient retardés, détournés ou sabotés. Les infrastructures et services publics routes, santé et éducation seraient négligés au profit des plus privilégiés. Haïti pourrait également se transformer en un pont de transit pour le trafic de drogues et de munitions, fragilisant la sécurité nationale et menaçant la stabilité du pays.
À terme, cette mainmise affaiblirait durablement l’État, sa souveraineté, sa capacité à protéger les citoyens et son autorité sur le territoire seraient compromises, mettant en péril la dignité et l’avenir de la nation. Face à cette menace, il revient aux citoyens, à la société civile, aux partis politique et aux institutions de rester vigilants, afin que Haïti demeure maîtresse de son destin et non esclave d’intérêts privés.
Joel Damas, Journaliste
